April 17 2014

Good luck Nigéria, Bad luck Jonathan

Le Nigéria est très présent dans l'actualité ces derniers jours: après une révision de la méthode statistique de calcul du Produit Intérieur Brut, on s'aperçoit qu'il faut le réévaluer de 89%... Plus tristement, coup sur coup deux attentats d'une violence inouïe sont perpétrés, y compris dans la capitale Abuja.

Difficile dans ces conditions pour M. Goodluck Jonathan de célébrer son statut de Président de la première économie d'Afrique car l'homme au Stenson (son couvre-chef ne le quitte jamais) déjà fragilisé par de multiples défections au sein de son parti fait l'objet de nombreuses interrogations:

  • Bien sûr, son incapacité à neutraliser les combattants fanatiques Boko Haram (" Boko " dérivé du mot anglais " Book " symbolisant l'éducation occidentale et " Haram " signifiant " péché " en arabe) perpétrant attentats ciblés ou à l'aveugle de plus en plus fréquemment et de plus en plus éloignés de leur zone nord-est où, plus nombreux et mieux armés que la police locale, ils font régner la terreur. En moins d'une semaine les islamistes se sont permis d'enlever plus de 100 lycéennes dans un établissement d'enseignement secondaire du nord-est mais sont également soupçonnés d'être à l'origine d'une attaque meurtrière qui a fait plus de 70 morts et une centaine de blessés dans une gare routière à la périphérie d'Abuja.
  • Son attitude face à la corruption : le Nigéria a mauvaise réputation sur ce plan, et le dernier scandale touchant le secteur pétrolier avec un soupçon de détournement de 20 Mds de dollars par la société pétrolière nationale conforte cette triste image… Avec pour dénouement le limogeage du très respecté gouverneur de la banque centrale qui a eu la maladresse de révéler l'affaire !
  • Sa propre intégrité : avec récemment par exemple des rumeurs persistantes malgré nombres de démentis selon lesquels la présidence aurait fait don d'I phones en or à une dizaine d'invités au mariage de la fille adoptive du Président (une cérémonie qui, compte-tenu de son caractère hautement informatif, a bien entendu été retransmise en direct sur la Nigerian Television Autority).


Ces caricatures font oublier l'énorme potentiel du pays, le plus peuplé d'Afrique dont la nécessité de révision de PIB était évidente, mais dont l'ampleur a été une véritable surprise. Ainsi, son estimation monte à 510 milliards de dollars, loin devant l'Afrique du Sud à seulement 379 milliards. Cet ajustement est le résultat de la normalisation de la base statistique à l'année 2010 alors qu'elle était restée inchangée depuis 1990 quand l'économie avait une structure radicalement différente avec très peu de poids pour les secteurs bancaire et télécom qui en étaient à leurs balbutiements ; ce type de réajustement devrait intervenir théoriquement tous les 5 ans afin de prendre en compte les évolutions des économies, mais ce n'est évidemment pas une priorité en Afrique où le dernier exemple en date est le Ghana dont le PIB a été également révisé de 60% en 2010.

Cette réévaluation a aussi été l'occasion de redessiner totalement le paysage économique du pays désormais plus diversifié, plus orienté services et moins dépendant du secteur pétrolier : le secteur des services représente à présent plus de 50% du PIB après avoir été estimé à moins de 30% avec notamment une réévaluation des télécoms qui passent de 1% à 8% ainsi que l'émergence de nouveaux domaines tel que le fameux secteur cinématographique baptisé " Nollywood " (environ 1% du PIB mais encore loin derrière le " Bollywood " à plus de 6% du PIB indien), le tout au détriment de l'agriculture qui baisse de 35% à 22% et du secteur pétrolier (32% à 14%).

La révision est purement statistique et n'a pas vocation à changer la vie des nigérians dont le PIB par tête passe à 2 900 dollars (encore loin derrière le Gabon à 10 000 dollars ou encore l'Angola à 6 000) ; cependant le profil de crédit du pays se bonifie, car le stock nominal de dette reste inchangé, et le dénominateur d'une économie plus grande et plus diversifiée permet de gagner en attractivité. Seul bémol, la réduction relative de l'excédent courant (en pourcentage du PIB). En dehors de cela, la santé financière déjà à des niveaux très bons se voit encore améliorée (la dette sur PIB passe à 12% !) et avec une inflation à " un chiffre ".

Nous trouvons que la notation BB- surpondère la fragilité des institutions ainsi que les risques politiques, et estimons qu'un investissement, par exemple via la devise (le naira) qui offre un rendement de l'ordre 12% pour une volatilité assez faible de 7% face au dollar est attractif.

 

 

 

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