September 15 2014

Le Brésil aux mains d'une extrémiste ?

Une afro-américaine Présidente d'un pays de 200 millions d'habitants après un deuxième tour qui sera une confrontation entre femmes ? Nous nous y dirigeons tout droit dans quelques semaines après ce deuxième tour maintenant devenu une quasi-certitude au Brésil le 26 octobre.

Tout se ligue contre la Présidente actuelle du pays, Dilma Rousseff qui, il y a un an à peine, bénéficiait d'une cote de popularité de 70% pour laquelle n'importe lequel de nos hommes politiques vendrait son âme… Pourtant, vraisemblablement, ils se consoleront (un peu) en constatant que cela n'aura pas été suffisant pour l'héritière de Lula, l'emblématique dirigeant des années 2000 encore idolâtré dans son pays. Une économie en récession, une coupe du monde de foot désastreuse, un scandale chez Petrobras - entreprise dont "Dilma" était la présidente du conseil de surveillance - mèneront sans doute à ce renversement étonnant à la tête de la septième puissance économique mondiale.


Son adversaire, Marina Silva, a été propulsée sur le devant de la scène suite au décès dans un accident d'avion il y a un mois seulement d'Eduardo Campos, le leader du "ticket" du Parti Socialiste Brésilien dont elle était la numéro deux.

Mais résumer l'ascension météorique de "Marina" à une série de coups de chances serait profondément injuste. Il est difficile de ne pas admirer le parcours d'une enfant orpheline à 16 ans, qui n'a appris à lire (la seule de sa famille de 11 enfants) qu'à ce moment-là, dans un couvent où elle avait été placée pour être soignée de toutes les maladies de la pauvreté qu'elle avait subies : intoxication aux métaux, hépatite, malaria… De ce passé terrible, elle conserve cette silhouette fragile qui suscite tant de sympathie.

Femme de ménage puis diplômée et prof d'histoire, conseiller municipal, sénateur, ministre, la suite est celle de son implication dans le parti de Lula, le Parti des Travailleurs, dont elle fût la Ministre de l'Ecologie, et une sortie fracassante en 2008 pour un désaccord sur diverses questions écologiques (barrages hydroélectriques, OGM, biocarburants…). Il faut dire qu'au moins sur ce plan elle est crédible : engagée jeune aux côtés de Chico Mendes dans la résistance contre des potentats agricoles locaux, elle voit la forêt autour de sa maison brûlée, et son chef de file assassiné ; aujourd'hui, la déforestation au Brésil est à un niveau historiquement bas, et elle se réduit tous les ans…

Marina Silva se présente aux élections présidentielles de 2010 et à la surprise générale récolte 20 millions de voix. Visiblement cela ne lui suffit pas… Qu'attendre de cette ancienne guerrillero marxiste (Wall Street Journal) qui a priori ferait plutôt peur aux hommes en costume-cravate des marchés ?  Evidemment l'angle d'attaque de ses opposants de gauche (Dilma Rousseff) et de droite (Aecio Neves) est de la portraiturer en extrémiste radicale et inexpérimentée… Mais, pas de chance pour eux, là encore la candidate du "Réseau" affiche une politique économique conservatrice, avec entre autres à la clé la rigueur monétaire et budgétaire. Encore plus surprenant, son ennemi mortel, le lobby agro-alimentaire, semble nettement moins virulent après l'avoir rencontrée…


Alors espérons que le Christ rédempteur du Corcovado transformera l'extraordinaire histoire humaine de cette croyante fervente en brillant succès pour son pays. Dans nos portefeuilles, nous restons prudents, moins par peur de Marina, que par crainte d'un succès désormais inattendu de Dilma…

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