May 19 2014

Faut-il maintenant acheter le marché indien ?

C’est bien l’homme au turban orange, Narendra Modi, qui mènera sans partage l’éléphant indien sur la longue route des 5 prochaines années. Bien que par la voie électorale, sa conquête foudroyante du pays fait penser à celle d’Alexandre ou des moghols venus d’Asie centrale. Comme eux, il partait de loin - y compris dans son propre parti le BJP. Mais comme eux, il eut affaire à un pouvoir en place usé, qui n’avait vraiment plus la capacité de lutter. Enfin, comme eux, rien n’est trop ambitieux pour ce chaï wala (vendeur de thé), redoutable stratège devenu roi.

Quelles conclusions en tirer pour la santé du pays, et qu’y-a-t-il à attendre de la bourse ? Bien sûr, il est un peu tôt pour se prononcer, mais le passé de dirigeant de l’Etat du Gujarat donne des indications claires sur certains aspects de sa conduite.

Modi a pour lui 5 points très positifs :
C’est un homme de décision, et qui veille ensuite à ce que ses choix soient suivis de faits. C’est aussi un organisateur né. Son extraordinaire campagne électorale témoigne de sa capacité à faire marcher de très grosses structures humaines, comme maintenant il devra le faire avec l’administration indienne.

  • Modi simplifiera sans doute très sérieusement le système fiscal indien, source d’infinies complications, ralentissements, bureaucraties, corruptions…
  • Il a mis en place des infrastructures qui fonctionnent. Son Etat est sans doute le seul où l’électricité n’est pas coupée une ou plusieurs fois par jour. C’est aussi le seul où tout le monde paye pour l’avoir… Le réseau routier du Gujarat est aussi de très bonne qualité. Ainsi, un des manques les plus criants pour l’industrie devrait petit à petit être comblé.
  • Il n’est pas corrompu. Certes Manmohan Singh ne l’était pas non plus, mais la clique autour de lui comportait sans doute autant de ripoux que d’incapables, ce sympathique aréopage étant sans doute plus nombreux que celui des hommes de devoir. Au Gujarat, il semble bien que les bakchishs ne fassent plus partie du fonctionnement du système. Cet aspect est profondément lié à la question des infrastructures, financées en Inde par des partenariats public-privé. L’économie indienne est tombée en panne suite au “scandale des télécoms” où l’on a vu que c’était le ministre de tutelle lui-même qui tenait la baguette, et qui avait tellement écoeuré les indiens que plus aucun projet d’investissement ne démarrait plus, par peur d’investigation judiciaire ou par la presse sur les dessous de table éventuels. On ne peut pas s’empêcher de faire le parallèle avec l’action du nouveau Président Xi Jinping en Chine…
  • Pour compléter cette liste, on note que Modi a mis en place un cadastre fonctionnel, avec des droits de propriété clairs. Ce point est également crucial dans la problématique des infrastructures, et fait partie de ceux que ses prédécesseurs du Congrès n’ont pas réussi à traiter complètement.

Alors, tout serait donc pour le mieux en Inde désormais ? Voire…

L’homme est un nationaliste religieux. A ce titre, il est craint par les musulmans, et détesté par une bonne partie de l’intelligentsia laïque et très internationalisée du pays.

L’antagonisme est parfaitement symbolisé par Raguram Rajan, le remarquable patron de la banque centrale, qui a réussi à redonner confiance dans la monnaie et stopper l’hémorragie en pleine crise en septembre 2013. On prête à Modi l’intention de se débarrasser de Rajan, pour y placer un de ses hommes. Ce ne sera pas facile, car celui-ci a un mandat de 2 ans, mais s’il y parvient, ce serait une terrible erreur aux yeux des marchés financiers.

Une personnalité aussi abrasive que Modi ne peut pas se permettre le moindre faux pas. La partie musulmane de la population a beau être minoritaire et la plus pauvre, la dernière chose que le pays pourrait supporter serait une tension à grande échelle entre les deux communautés.

Enfin, si Modi n’est pas un homme de gauche, il n’est pas non plus un adepte du capitalisme et de la libéralisation. Ce n’est sans doute pas bien grave, tant ses qualités seront nécessaires dans d’autres domaines.

Vu la nature de l’homme, il est probable que nous en saurons rapidement plus…


  Podcast BFM

Résultats officiels des législatives en Inde: quelles répercussions pour l’économie ?: Eric Mookherjee, dans Intégrale Bourse – 16 mai 2014

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