15 Avril 2013

Vénézuela: dévaluer 'deux' fois en période ...

Vénézuela: dévaluer 'deux' fois en période électorale et gagner

 

La campagne électorale hantée par le spectre de Chavez s’est soldée par une victoire serrée de son dauphin Nicolas Maduro (51% des voix). En effet, les vaines tentatives du candidat de l’opposition, Henrique Capriles, afin de recentrer la campagne autour des deux protagonistes (en multipliant notamment les attaques personnelles sur la personne du fils spirituel de Chavez) se sont heurtées à une dialectique teintée de mysticisme de celui qui se désigne lui-même comme un apôtre de la révolution bolivarienne. Une stratégie tellement surexploitée qu’un blog s’est spécialisé dans le comptage d’occurrences où le président par intérim fait référence à Chavez; http://www.madurodice.com/ dénombre depuis début mars 200 mentions par jour à son mentor (« Commandante », Chavez ou autre).

Maduro ne sera certes pas plus chaviste que Chavez lui-même et n’est peut être pas une bête politique du même acabit que son prédécesseur, cependant ses décisions économiques font ressortir au-delà de la pure démagogie (et du port du survêtement arborant le drapeau vénézuélien) un sens aigu du pragmatisme. Rappelons que le Venezuela applique un contrôle des changes très strict depuis 2003, et que sous la vice-présidence de M. Maduro le programme de change existant a subi de lourdes réformes afin de lutter entre autres contre un marché noir du dollar US. La création du SICAD (Sistema Complementario de Administración de Divisas), enchère où les importateurs vénézuéliens achètent du dollar US sur la base d’un inventaire précis de leurs besoins en devise forte et l’avancement de la date de la première enchère pour 200 millions USD à fin mars -donc en pleine campagne électorale- en sont les meilleurs exemples. Car même si le cours de change de cette enchère (concernant 383 entreprises) n’a pas été communiqué, des rumeurs évoquent un niveau supérieur à 10 VEF/USD donc très au dessus du cours officiel de 6,3 VEF/USD. Ce résultat s’apparente de facto à une dévaluation à peine 1 mois après un réalignement du taux de change officiel de 32% en février 2013. Bref, le SICAD semble être l’instrument choisi par Maduro pour porter les dévaluations à venir dans un élan de pragmatisme (ou d’instinct de survie) propre à assainir les comptes publics et à améliorer les « cashflows » de la compagnie pétrolière d’Etat, PDVSA, dont les rendements devraient passer sensiblement sous la barre des 10% pour les papiers à maturité longue.

L’issue du scrutin ne déplaira finalement pas au jeune Henrique Capriles (40 ans), qui, dans l’attente des prochaines échéances électorales, se contentera de laisser le sens pratique du nouveau président Maduro faire campagne à sa place en épuisant ce qui reste du capital sympathie de Chavez afin d’amortir le poids de réformes impopulaires mais nécessaires…

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